LE CONFINEMENT ET L'ÉCRIT !

Le confinement peut-être source d'inspiration !

Pour cela Régis Granier l'animateur de l'atelier écriture de la Compagnie des Écrivains proposera régulièrement des thèmes d'écriture. Vous trouverez sur cette page les textes des participants à cet atelier virtuel.

Thème en cours : Le Confinement


LE MONDE APRÈS LE CONFINEMENT

 Le monde après le confinement Nous sommes le 17 mars 2021. Il est de tradition de commémorer les grands événements nationaux et internationaux. Cette date-là, impossible d’y déroger.

Il y a un an la France entière, comme bon nombre de ses voisins européens et comme partout dans le monde, se confinait. On était en guerre nous disait-on. En guerre contre un mal invisible et si rapide. Un virus qui depuis mi-décembre 2019 se répandait sur tous les territoires. Les frontières se fermaient comme si barrières, grillages et portillons empêcheraient le mal de passer.

Les écoles, les universités n’avaient plus que le net pour garder le lien avec ses apprenants. Un lien si fragile qui ne dépendait que du bon vouloir des parents à le maintenir, de leur confiance en leurs propres capacités à assurer la continuité scolaire auprès de leur progéniture, et de la qualité de la connexion internet à laquelle nous dépendions tous, à ce moment-là, pour garder un minimum de contacts avec l’extérieur.

En ce 17 mars 2020, c’était comme si tout d’un coup, nous réalisions que des pans entiers de notre population étaient en première ligne face à ce danger. Nos personnels soignants partaient au front avec un minimum de munitions. Aurions-nous songé une seule fois à laisser nos militaires partir en guerre sans arme ? Un scandale de plus était apparu dans notre France pourtant si développée. L’hôpital, ce service public, qui criait depuis des décennies son agonie, était devenu le centre de nos attentions. Malgré leurs conditions de travail nos soignants étaient au front. Ils répondaient tous à l’appel y compris la réserve constituée d’étudiants et de médecins en retraite. Pour beaucoup d’entre nous, nous n’avions que nos deux mains pour les applaudir tous les soirs à 20h de nos balcons ou de nos jardins. Nos caissières, au salaire de misère, sans masque ni gants, passaient leurs journées à remplir nos rayons dévalisés et à bipper des caddies débordants de produits et pas seulement de premières nécessités. Nos plus âgées décédaient seuls, mal confinés dans leurs EPAHD. Ceci avait provoqué une immense tristesse de ceux qui, tous les jours, se levaient pour les soigner, les nourrir, les laver à la place de leurs propres enfants épris de culpabilité de les y avoir laissés. Mais comment pouvaient-ils faire autrement avec leur vie agitée et parfois démantelée ? Nos enfants maltraités dans leur famille, maintes fois signalées, devenaient un sujet de préoccupation nationale. Ceux-là même qu’il fallait, à tout prix, maintenir dans leurs espaces familiaux faute de budget pour les en extirper. Nos femmes violentées par leur conjoint acerbe pour lesquelles les services de l’état se demandaient comment agir. Chacun devant aussi se protéger. Nos hommes, femmes et enfants les plus précaires qui passaient leurs nuits en été comme hiver sous leurs cartons devenaient une bombe à retardement, vivier intéressant pour ce virus qui ne choisissait pas ses proies mais faisait de la vulnérabilité son terreau de prédilection.

Sept jours après ce 17 mars 2020, nous étions sous de nouvelles directives, celles de se confiner davantage. Des sots n’avaient pas encore compris que la maladie nous guettait tous, qu’elle collait aux boutons d’ascenseur, aux poignets de porte prête à bondir sur le premier corps sain qu’elle pouvait attraper.

Mais au travers de tous ces drames, une bouffée d’air commençait à émerger. A quoi servait toute cette surconsommation à part à satisfaire nos désirs immédiats et donc nous écarter de nos besoins essentiels ? A quoi servait toute cette rancune à part à entretenir de vieux conflits devenus obsolètes et donc nous empêcher de progresser ? A quoi servait toute cette charge mentale toujours plus imposante à part à nous éviter de penser, de créer ? Tout autour de nous des prises de conscience apparaissaient. Le mot « solidarité » prenait une autre saveur et nous collait à la peau avec l’espoir de s’inscrire dans nos gènes et de se transmettre ainsi aux générations à venir.

C’était comme si nous confiner nous avait imposé d’observer notre intérieur. Nous découvrions la puissance de l’instant présent et commencions à saisir la nécessité d’aligner nos trois fondamentaux : notre esprit, notre âme, notre corps. Quelle claque !! Tous ceux sur quoi le monde s’était développé s’effondraient. Economie, agricultures et pêches intensives, inégalités, mondialisation, éducation …tout serait à corriger. Nous le savions, nos dirigeants le savaient. Cette épreuve nous amena la preuve, à présent incontestable, que nous étions bien tous reliés. De nombreux médecins, scientifiques, philosophes, conférenciers nous l’expliquaient pourtant depuis bien longtemps. Se connecter au pouvoir de l’instant présent, préserver notre corps, cultiver notre esprit, prêter attention à notre voix intérieure, appliquer la bienveillance, préserver notre environnement tant de conseils que nous avions finalement si peu appliqués. Quelle claque, mon dieu, quelle claque !!

En ce 17 mars 2021, les survivants se remémorent ces souvenirs miséreux et honorent la 3ème révolution. Après celle du Néolithique puis l’Industrielle, la voilà. La révolution des consciences. C’est bien Mère Nature qui, après nous avoir laissé jouer et abuser d’elle, en a décidé ainsi. Epuisée, exsangue son message avait été clair : Sauvez moi ou crevez avec moi ! Alors nous avons retroussé nos manches et nous nous y sommes mis. Nous avons commencé depuis quelques mois à nettoyer notre ciel, dépolluer nos eaux, décrasser la terre de tous les déchets y compris ceux enfouis par inconscience et insouciance. Nous avons diminué nos déplacements en voiture pour favoriser les déplacements à plusieurs comme l’ancien monde avait commencé timidement à le mettre en place. Nous nous sommes mis à consommer local et sain grâce à l’agriculture raisonnée et vigilante à la protection de l’environnement. Nos achats à l’autre bout du monde ne trouvent plus d’intérêt. Nous privilégions nos boutiques locales qui doucement et tendrement renaissent dans nos villages, dans nos centres bourgs laissés eux aussi en désuétude au profit de grands groupes largement contributifs au désordre écologique et économique connu précédemment. Le gaspillage alimentaire quand on y repense, c’était la honte de ce système. Sous couvert de programme « anti-gaspi », la production n’avait jamais cessé de croitre, 30% de produits alimentaires jetés aux ordures. Parce que nous avions compris que faire attention au Grand Tout était indispensable à la survie de chacun de nous. Nous avons commencé à apprendre à prendre soin de nous, de notre santé et de celle des autres grâce à la réintégration et la valorisation des méthodes ancestrales. Les industries pharmaceutiques font d’ailleurs grise mine et tentent de se reconvertir pour promouvoir les plantes médicinales que Mère Nature nous offre à nouveau depuis ce fameux confinement. Nous avons commencé à démanteler toutes nos centrales nucléaires, 52 réacteurs rien qu’en France ! Nos ingénieurs, scientifiques et chercheurs, mis en avant de la scène, ne comptent plus leurs heures pour développer les systèmes à énergies renouvelables. Soleil, eau, vent tout est là à notre portée. Ils ont créé, par exemple, un récupérateur d’eau de pluie intégrable à tous les logements de ville comme en campagne nous permettant de vidanger nos toilettes, laver notre linge et notre vaisselle sans utiliser d’eau potable. Nos cours d’école, nos toits commencent à se végétaliser accueillant des ruches, des potagers. Les habitants trouvent sur leurs hauteurs un nouveau lieu de sociabilité. Le travail se trouve à tous les coins de rue, tellement il y a à faire. Nous nous sommes mis à prêter attention aux uns et aux autres, à notre voisin et à notre cousin lointain. En nous disant bonjour, nous nous sommes mis à nous regarder. Mieux, à présent, nous nous enlaçons pour nous saluer. Nous avons mis de côté notre avidité et questionné les pouvoirs centralisés. La répartition des richesses s’est évidemment posée. Les îles caïmans commencent à perdre, non sans mal, leurs paradis fiscaux pour accueillir des paradis touristiques. Les grandes entreprises ont enfin compris que leur force émanait de leurs salariés. Dividendes et autres avantages sont en train de se redistribuer. Nous avons ralenti nos trajets aériens et maritimes en interdisant les paquebots de croisières sommés de devenir musées de l’ancien temps. Nos agences de voyage travaillent à développer un tourisme attentif au respect des autochtones et de l’environnement et privilégient elles aussi la proximité, la solidarité. Des espaces de parole, de créativité, des espaces de lien se sont mis à naître dans les quartiers, villes et villages. Des petits rien mais pourtant si précieux. L’esprit communautaire, identitaire a commencé à ne plus trouver autant d’âme pour y répondre, éloignant ainsi peu à peu l’humanité de toutes nouvelles barbaries. Pour répondre aux besoins de ce nouveau monde, les enseignements se sont peu à peu adaptés. Il ne s’agit plus seulement de transmettre du savoir mais surtout et avant tout du savoir être et savoir faire. Les nombreux enfants nés au début des années 2000 deviennent les créateurs de ce monde. Leur intelligence, leur hypersensibilité longtemps décriées sont aujourd’hui nos sources de créativité. Notre jeunesse est à fond dans leur mission, réinventer un monde. Les plus jeunes suivent les pas de leurs aînés et savent critiquer nos vieux fonctionnements encore parfois restés collés.

Colossal programme que cette 3ème révolution ! Nous l’honorons aujourd’hui pour laisser derrière nous les mauvaises habitudes et ne garder que les belles initiatives apparues de part et d’autre dès la fin des années 80. Alors nous dansons, nous rions, nous chantons et nous nous enlaçons. Pour éloigner la peur, nous portons haut et fort les valeurs de l’Amour avec un grand A. Nous partageons, nous créons pour aujourd’hui, demain et les surlendemains. Lors de cette commémoration, une grande part des festivités est dirigée à l’attention de Mère Nature à qui nous savons désormais adresser toute notre gratitude comme bien d’autres peuples le faisaient déjà il y a des milliers d’années du fin fond de leurs canyons, de leurs forêts, de leurs déserts ou bien d’autres lieux encore. Aujourd’hui ces peuples dont la vie matérielle et spirituelle met au centre la Terre sont pris pour modèles. Sacré revanche, vous ne trouvez pas ?

Le 26 mars 2020 Laurence Florencio, toujours confinée…


                                                LES LIVRES 

         En peu de temps, j’ai lu quatre livres chacun d’un genre différent mais que j’ai beaucoup appréciés. Même quand je fais l’acquisition d’un livre et que je me rends compte que le choix n’était pas celui auquel je m’attendais, je me force à terminer sa lecture. Il existe des genres qui ne me plaisent pas du tout et dont je n’achète jamais les ouvrages s’y rapportant. La science-fiction et le fantastique par exemple. 

         Pour être honnête lorsque j’avais commencé ce texte, j’avais écrit la vérité en parlant de quatre livres mais ne réussissant pas, je ne sais pour quelle raison, peut-être la difficulté de la proposition d’écriture, de continuer ma rédaction et surtout de la finir, j’ai lu d’autres ouvrages. 

        Donc, le premier de ces livres fut celui qui obtint le prix Théophraste Renaudot, aujourd’hui appelé prix Renaudot, en 1936. Qui connaît aujourd’hui Théophraste Renaudot, l’inventeur, si l’on peut dire, du journal qu’il avait fondé sous le nom de « La Gazette ». Je n’étais pas né. Son auteur est Louis Aragon pour « Les beaux quartiers ». 

         Un beau titre n’est-ce-pas ? Mais on est loin des beaux quartiers au début de l’ouvrage. Une sous-préfecture du sud de la France où la description ciselée des différents personnages et de leur milieu professionnel nous transporte très loin du seizième arrondissement de la capitale. Tout le monde ou presque se connaît. Tout le monde ou presque est au courant des turpitudes de certains des notables de cette cité. C’est cette description millimétrée qui me fascine et devant laquelle je suis en admiration. Puis vient la trame du roman, les deux frères, l’un, Armand, poussé à la prêtrise par sa mère, bigote à l’extrême et l’autre, Edmond, devant poursuivre des études de médecine à Paris et c’est à ce moment-là que nous faisons connaissance avec ce milieu aisé de la France d’avant la première guerre mondiale. 

         Je n’ai pu me détacher de ce livre et, comme souvent, pris par l’atmosphère dégagée grâce au talent de l’auteur, j’aurais souhaité ne jamais le refermer et continuer à vivre avec tous ces personnages, attachants soient-ils par leurs aventures. 

         Le second fût « Milieu de siècle » de John Dos Passos. D’un genre tout-à-fait différent du précédent. Il retrace les luttes syndicales dans la première moitié du vingtième siècle aux Etats-Unis. Eh bien, pas triste la vie des ouvriers dans ce pays à cette époque. Des syndicats, pas tous mais beaucoup, étaient dirigés, je devrais dire tenus par des responsables corrompus et ceux, honnêtes, étaient éliminés. Un responsable dudit syndicat s’arrangeait pour faire croire au patron que le syndicaliste honnête travaillait mal ou entretenait mal la machine à laquelle il était affecté et se retrouvait licencié instantanément sans qu’il puisse se défendre. Et comble de la perversité à cette époque, l’intéressé était inscrit sur une liste noire qui l’empêchait de retrouver un emploi dans sa branche professionnelle. Il devait changer de métier. Il est de notoriété publique que même la mafia avait introduit le syndicat des camionneurs avec Jimmy Hoffa, disparu et dont le corps n’a jamais été retrouvé. Le syndicat des dockers était également tenu par la mafia, tout au moins sur la côte est. C’est un pays qui vante la liberté en général, la liberté d’entreprendre entre autres et où celui qui a réussi laisse de côté celui ayant échoué. C’est la dure loi du capitalisme dans toute sa splendeur. Pour illustrer cela, je viens également de terminer un livre de Richard Nixon qui écrivait voilà plus de trente ans qu’il fallait renoncer aux objectifs sociaux pour se focaliser sur l’équipement militaire de tout l’Union afin de ne pas se laisser distancer par l’URSS. Il relatait cela dix ans environ après avoir démissionné de son poste de président de la république. J’ai lu aussi le livre d’Upton Sinclair, « La Jungle » qui relate l’enfer des abattoirs de Chicago. Là-aussi, l’illustration du capitalisme le plus sauvage. Ce livre a déclenché une enquête du Congrès. C’est pour cela que je compare John Dos Passos à Emile Zola. John Dos Passos est, pour moi et peut-être pour d’autres, l’Emile Zola américain de la première moitié du vingtième siècle. 

         Un écrivain oublié aujourd’hui, Roland Dorgelès, a rédigé un essai sur la liberté au vu de ce qu’il a découvert en visitant l’URSS, l’Allemagne et l’Italie peu avant la seconde guerre mondiale. Edifiant cet ouvrage qui décrit la perte de liberté progressive des populations placées sous le joug des trois dictateurs, féroces et cruels de l’époque. Le paradis socialiste sous Staline était plutôt l’enfer au pays des soviets. Je ne vois pas l’intérêt de Roland Dorgelès de décrire le côté obscur, sombre de l’URSS d’avant-guerre si ce n’est de retranscrire ce qu’il a pu découvrir de lui-même en essayant de fausser compagnie au guide officiel et de constater de visu que le bonheur n’était pas encore au rendez-vous pour le peuple russe, un peuple qui a toujours été dominé, exploité par l’aristocratie tsariste et incapable de se gérer lui-même. Cette incapacité a été exploitée par Staline à son paroxysme dans la douleur, la cruauté et l’injustice. Ceci étant révélé par Nikita Khroutchev lors du vingtième congrès du Parti Communiste de l’Union Soviétique. 

         Quant aux deux autres dictateurs, point de contestation quant à leur dictature guerrière et leur expansionnisme territorial par la ruse d’abord et les armes ensuite. 

         Des livres d’un genre propre à chacun. Mis à part celui de Aragon, une fiction mais d’après quelques souvenirs d’enfance de l’auteur, les trois autres reflètent des problèmes de société. 

         L’ouvrage de l’auteur précité et celui de Roland Dorgelès ont été achetés récemment tandis que les deux autres je les avais lus il y a quelques années, je les ai retrouvés dans ma bibliothèque et je me suis fait plaisir en les relisant.   

         Je viens de terminer le livre de Marc Lazar, « Le communisme, une passion française ». L’auteur est professeur des Universités à l’Institut d’études politiques de Paris et directeur de l’Ecole doctorale de Sciences Po. Avec un tel bagage professoral relevé sur la page de couverture, l’ouvrage est plus difficile à lire qu’un album d’Hergé. A vrai dire, c’est une relecture car j’y ai retrouvé des annotations que j’y avais inscrites mais je dois avouer que je n’en avais aucun souvenir. C’est un livre paru au début de ce siècle. Je me suis efforcé de lire jusqu’au bout et je dois avouer mon admiration devant le travail fourni par l’auteur. Combien de centaines de documents ont-ils dû être décortiqués, analysés, synthétisés pour ensuite être inclus dans l’ouvrage ? Quelle patience, quel travail accompli pour narrer en grande partie objectivement cette passion du communisme, celui du PCF et subjectivement celui de l’Union soviétique. Combien de biographies Marc Lazar a dû lire pour pouvoir ensuite retranscrire sur le papier l’idée qu’il se faisait du parti communiste français et de ses dirigeants ? 

         Ne pouvant occulter mes années passées dans l’administration, j’ai relu un livre de mémoires d’André Le Bars intitulé « Flic des beaux quartiers ». Il en ressort la vie d’un policier oeuvrant dans le quartier des Champs Elysées, un policier dont l’intégrité et la passion sincère de son métier ne peuvent être mise en doute. On y suit aussi la descente aux enfers d’un commissaire de police nommément désigné radié de la police et goûtant aux « joies » du monde carcéral. 

         Au moment où j’écris ces lignes, je suis aux prises avec un auteur américain, j’aime les auteurs de ce pays, Philippe Roth dont la « Pastorale Américaine » aborde les USA au moment de la guerre du Vietnam. Livre passionnant paraissant facile à lire vu le titre mais en réalité assez difficile. Nous avons les états d’âme d’un père de la bourgeoisie aisée du New-Jersey dont la fille a tué quatre personnes, innocentes lors de deux attentats, pour protester contre ce conflit. Comme toujours dans les attentats, les innocents trinquent. Et Philippe Roth fait durer ces états d’âme sur des centaines de pages…

         Pas facile la proposition d’écriture imaginée par notre animateur exerçant une pression cérébrale de tous les instants. Je me demandais tous les jours comment noircir ne serait-ce qu’une partie d’un feuillet et à des lieues d’imaginer la fin. Fin qui n’intervient jamais lorsqu’on parle des livres puisque nous en lisons continuellement. Je pense aussi qu’il n’y aura pas de fin car l’on peut toujours émettre un avis supplémentaire sur celui ou ceux déjà exprimés. 

Daniel 

Villemur-sur-Tarn, le 15 juin 2020.


 

Confinement. 

Il était une fois, oh ! Il y a bien longtemps, je ne me souviens plus très bien, je croyais que j’étais heureux. Je te dis cela car c’était bien avant le quatrième rebond, au tout début du commencement, tu sais quand nous n’avions ni masques, ni tests, et que que l’on nous disait, à longueur d’antenne, de rester chez nous.
Les premiers mois, je me prenais parfois à regretter quelques bribes de ma vie d’avant, la liberté de marcher dans les rues polluées par les gaz d’échappement, l’assourdissante promiscuité au centre-ville, les tracas de la circulation. Ah c’était pourtant bien de payer un bon PV de temps à autre, on se sentait vivre. De se mettre un nouveau crédit à la consommation de plus sur le dos pour améliorer son petit confort comme le préconisait , avec une lourde insistance répétitive, la publicité en question. Où est-il le doux frisson des fins de mois que l’on qualifiait de difficile ? ... Et le fatigue de la fin de journée qui nous faisait rentrer chez soi au plus vite – non je ne rigole pas ! j’ai vécu cela ! - rompus, les épaules lourdes, la
tête vide, avec l’assurance de passer une longue nuit de sommeil. Tu te rends compte ! j’arrivais à dormir 6 heures et sans trop me vanter, parfois 8 !
C’était la vie « moderne » - quel délicieux vocable kitch ! - on dépensait plus que l’on gagnait, aidé en cela par les impôts divers et les multiples taxes ingénieusement très florissantes. On avait plein de soucis, de craintes en l’avenir, et le pire, et là tu me croiras si tu le veux bien, on étaient tous à peu près en bonne santé ! Il paraissait alors que nous étions dans les normes du vrai bonheur.
.......
Je me retourne sur ma couche, mes poumons me font encore mal quand je me parle trop fort, trop longtemps. J’appelle quand même ma femme pour quelle me porte un café, enfin un ersatz maintenant.
J’appelle encore, mais à quoi bon, elle est morte, paraît-il, après le deuxième rebond, ma mémoire flanche.
Les murs de ma chambre sont constellés de graphitis : quatre bâtons barrés d’un cinquième, partout, partout. Je ne vois plus personne, sauf de temps en temps, quelques spécimens, en tenue de « cosmonautes » qui me hissent rapidement de quoi me nourrir, à l’aide d’un longue perche, par la fenêtre du premier étage.
Je suis classé Covid-19/3, car je l’ai eu 3 fois, et suis immunisé mais extrêmement contagieux, car il mute à chaque fois le coquin. Il m’est interdit de sortir de chez moi, ils ont cloué mes volets du rez-de-chaussée. Ma porte est recouverte d’un immense « 3 » peint en rouge, et d’un drôle de logo ressemblant à un ballon rond, hérissé de petits toupets partout, avec une tête de mort au centre. Je le sais car ils en ont glissé un dans ma boîte aux lettres, avec au dos, leurs oukases sanitaires. La police ne verbalise plus, elle tire à balles réelles !

Par la fenêtre, j’observe ce ciel entièrement vide de tout engin volant, dire qu’il y en avais tant jadis. Perdu dans mes délires, je passe machinalement une main décharnée dans mon ample chevelure. Au début je ressemblais encore à Buffalo Bill, maintenant ce serait plutôt aux Dupont et Dupond dans « On a marché sur la lune ».
Je ne me pose plus la question de savoir quand je pourrai ressortir, mais si j’en sortirai un jour, quand le virus aura trouvé son maître, c’est loin d’être acquit. Pour l’instant, calme, sans aucun soucis matériel, reposé, malgré les nuits sans sommeil, je suis zen, un vrai con in-fine.


Jean-Luc Laden, Montauban, mai 2020.



 

De "Robinson Crusoé" aux romans de Stephen King en passant par Agatha Christie et ses "Dix petits nègres" ou Buzzati et son « Désert des Tartares », l’ambiance étouffante des huis clos alimente la littérature depuis toujours.

 

Aujourd’hui, c’est à votre tour d’écrire une fiction respectant les impératifs du huis clos !

 

Vous avez compris que lorsque j’écris ‘huis-clos » c’est pour éviter de parler de confinement.

 

Vous choisissez n’importe quel sujet pourvu que vous respectiez l’unité de lieu.

 

Voici quelques réflexions glanées dans une conversation téléphoniques avec une relation. Peut-être l’une d’entre elles pourra vous servir d’incipit.

 

 

 

Bon sang, il n’y a plus de pain dans le placard !

 

Mais pourquoi ai-je laissé la perceuse chez mon père, je pourrais réparer cette marche d’escalier qui menace de lâcher depuis si longtemps.

 

Ma belote du mardi avec mes copains de régiment me manque beaucoup.

 

Et si j’essayais de fabriquer un masque ?

Une histoire courte mais qui me semble d’actualité !
 
A la maison, nos grands (22 et 26 ans) se posaient mutuellement, et régulièrement la même question :
Qu'est-ce tu penses faire aujourd'hui ?
" Je pense regarder un film, après mon sport «. Dit le plus jeune (Baptiste)
" Effectivement, cela peut-être un bon plan ». Répondit Théophile
" Tu penses à un film en particulier ? ». Poursuivit-il
" Non, Internet va guider mon choix ». Enchaîna son frère
Et tous les jours depuis le début du confinement le même questionnement.
Durant leur séance quotidienne de sports, abdominaux, tractions, pompes, étaient passé en revue tous les exercices destinés à maintenir, voire à améliorer leur condition physique faisaient l'objet d'une attention particulière. Ils étaient comptabilisés, et réalisés avec sérieux !
Les parents, nous en l’occurrence, étions en observateurs sur ce coup. Nous faisions office de casque bleu ! Cependant le souci de travailler au mieux leur condition physique (son entretien) ,  avait une certaine influence sur nous , et à un degré moindre , pompes et abdos étaient aussi à notre programme .
Les jours se succédaient, et une certaine tranquillité voire "sérénité" animaient notre quotidien.
Un jour cependant notre aîné qui vit à Shangaï depuis 5 ans, nous envoya une vidéo dans laquelle on le voyait en plein déconfinement.
Les gens étaient sans masques. Ils évoluaient dans un parc, les couvertures étalées sur l’herbe, chacun prenait son piquenique, ou jouait avec ses enfants au ballon voire au badminton.
Bref le contraste était saisissant, entre un Shangaï confiné chacun dans son appartement, où tous portaient un masque, et un déconfinement, où les gens vivaient au grand air, sans rien sur le nez et la bouche.
Entre temps le vent d'une certaine liberté était passé par là. Un feu vert s'était déclenché donnant le signal à tous(tes) pour une respiration normale. Celle-ci pouvait se faire sans que rien ne l'empêche !
 
En France c'était tout à fait différent, la mesure était moindre. On en était plutôt à se poser la question :
" masque ou pas "
Et lorsque le matin, j'allais chercher le pain, je constatais de plus en plus de gens portant le masque. Zorro, l'homme masqué se répandait dans la ville !
 
C'est dans ce contexte que la sonnette de la maison retentit
Nous n'attendions personne ce jour-là, aussi nous fûmes surpris de voir au portail nos nouveaux voisins. Ils nous apportaient des masques, que la dame confectionnait.
Depuis peu nous dit-elle, elle faisait partie d'un collectif Montalbanais, dont le but était de créer des masques.
Sympa la démarche, du coup ma femme a embrayé, et lui a proposé ses services pour l'aider dans son travail. Théophile s'est pris au jeu lui aussi. Faut dire pour la petite histoire, que les voisins ont une jolie fille légèrement plus jeune que Théophile !
Aussi ceci explique cela, du moins en partie !
Du coup le voilà qui maintenant découpe du tissu.
Se serait-il découvert une passion pour la couture !
L'avenir nous le dira !!!
Philippe BELANGER


L'aventure c'est l'aventure

 

C’est le titre d’un film avec quelques acteurs plus roublards les uns que les autres : Lino Ventura, Jacques Brel, Charles Diener et quelques autres qui ont dû bien s’amuser pendant le tournage.

 

À leur manière nous allons voir comment nous pouvons nous évader de notre quotidien. Un exemple ? Vous sortez (muni de votre attestation dérogatoire) pour effectuer des « achats de première nécessité » : du pain, trois tranches de jambon, et une botte de carottes ! Les rues sont étrangement vides ! Que se passe-t-il ? Aurait-on signalé un dangereux hors-la-loi dans la vieille ville de Montauban ? Vous frissonnez.  Votre main se crispe sur la crosse de votre colt… etc. etc.

 

Comme quoi un simple achat dans une épicerie peut devenir aussi palpitante que la rencontre d’un ours blanc sur la banquise ou la sortie dans l’espace à partir de la station Soyouz.

 

Faites travailler votre imagination deux minutes en prenant des petits bouts de notes sur le coin d’une feuille et, vous allez voir, vous allez nous trouver une belle histoire. N’hésitez pas à pratiquer l’humour et même la dérision car notre situation s’y prête.

 

 Bon courage à bientôt.

 


 

 

Un voyage en confinement…
 
La matinée s’était bien passée. Thomas avait bien dormi, il s’était réveillé à sept heures et avait descendu un copieux petit déjeuner, pris une douche tiède, comme il aimait ,et enfilé une chemise blanche aux plis impeccables. Maintenant il fallait se préparer, c’était le moment. L’heure du décollage approchait. 
Il fixa l’étrange heaume que la situation imposait et ajusta la visière transparente réputée à l’épreuve des projectiles. Le masque lui demanda quelques efforts avec les élastiques qui ne voulaient pas passer derrière les oreilles. 
Pour les gants, il hésita une minute entre les couleurs : prendrait-t-il les bleus fragiles ou les blancs recommandés pour leur solidité ? Finalement, comme la journée s’annonçait ensoleillée, il choisit les bleus pour la gaieté de cette couleur. 
 Les chaussons lui donnèrent un peu de fil à retordre. Il les trouvait trop souples mais, finalement, il les enfila et les ajusta fermement. 
Le miroir dans l’entrée lui renvoya l’image du cosmonaute qu’il avait toujours rêvé d’être. Depuis sa plus tendre enfance, il n’avait cessé de penser qu’il ne lui manquait qu’un peu d’entraînement pour monter dans une fusée et découvrir une autre planète. Il était maintenant un peu âgé pour continuer d’espérer. À quarante ans on n’est pas un vieillard certes mais il est difficile d’envisager une expédition interstellaire. Pourtant aujourd’hui c’était bien cela : il partait dans un autre monde, là-bas très loin, au fin fond du cosmos 
Il trouva la rue déserte. Pas une voiture ! Pas un piéton ! Tout se passait comme si durant la nuit toute vie avait été aspirée par une sorte de foudre inconnue. Rien ! Pas la moindre trace de vie. Pas même un chien ou un pigeon qui aurait pu donner à espérer. Pas même un souffle d’air. 
Sans trop comprendre ce qui lui arrivait il porta la main dans la poche de son veston. Le revolver qu’il cherchait ne s’y trouvait pas. À la place, un vulgaire stylo Mont Blanc qu’il étreignit avec la force du désespoir comme s’il s’était agi d’une mitraillette. 
Le cœur battant il fit quelques pas. Seul. Sans espoir de croiser quelqu’un. Au croisement, lorsqu’il vit les quatre portions de rues inertes, comme aseptisées, le désespoir le recouvrit des pieds à la tête. Heureusement, il n’était pas plus peureux qu’un autre et se résolu assez facilement à continuer son chemin. 
Au bas de la rue de la république une petite lumière semblait lui faire signe. Lorsqu’il arriva à sa hauteur il reprit confiance : l’humanité n’était pas morte, il y avait là un être humain. Lui aussi avait enfilé son scaphandre. Un scaphandre bleu marine. Un simple scaphandre de technicien, de ceux qui reste toujours sur terre avec, sur la poitrine, un badge bien visible : « sécurité ». 
« Vous avez bien votre attestation de déplacement dérogatoire ? » Demanda l’homme. En tremblant comme s’il était pris en faute Thomas tendit le papier. « C’est bien dit l’homme vous pouvez entrer. » 
Et Thomas entra pour acheter une baguette de pain, un camembert, une botte de radis et quelques autres denrées. Pour trouver du vin il se dit qu’il allait devoir se projeter sur la planète Mars. Heureusement, la planète Mars était toute proche.
R. GRANIER

 


 

 Sur le thème : Le livre qui a changé ma vie...

L’amour des livres ne se commande pas. Il y a les enfants qui apprennent à lire aussi facilement qu’ils apprennent à marcher. Il y a ceux qui trébuchèrent beaucoup avant de se tenir droit tout comme comme il leur fut difficile d’assembler les lettres d’un seul mot. Les premiers vont aimer les livres et les seconds risquent fort de s’en détourner.

 

Monsieur Blaise est de ceux-là. Les livres ne l’intéressent pas. Parlez-lui du Comte de Monte-Cristo ou du dernier Goncourt et vous serez surpris de son indifférence. Pourtant il lit. Il lit même beaucoup mais il se cantonne à – tenez-vous bien – des catalogues publicitaires. Oh ! D’accord ! Pas n’importe quel catalogue. Des catalogues de grandes marques. Sur papier glacé avec des illustrations qui laissent rêveur : voitures de luxe, montres de grandes marques, voyages et séjours pour gens fortunés alors que lui est un modeste employé de préfecture.

 

Si un roman ne déclenche chez lui aucune émotion, le bonheur de feuilleter un catalogue le trouble de manière spectaculaire. Un peu comme si vous voyez un fantôme dans une maison hantée. Et, à y bien réfléchir c'est cela : son esprit est hanté par des idées fantômes qui apparaissent au moment le plus inattendu.

 

Monsieur Blaise avait grandi dans un orphelinat et il avait manqué de tout dans son enfance. Ne parlons pas de la tendresse d'une maman attentive mais simplement du matériel. Il n'avait jamais eu de vêtements à lui par exemple. C'était toujours les vêtements du Bon Pasteur. Pas de jouet, pas de livre. Faisons bref : il n’avait jamais rien eu à lui jusqu'à l'âge de 14 ou 15 ans. Aussi comment s’étonner si Blaise était hanté par l'idée de possession ? Il rêvait de posséder quelque chose à lui, quelque chose de beau ! Je veux dire : une belle montre, un beau costume, une belle voiture. Vous comprenez cela ?

Souvent, Blaise s'arrêtait sans bouger, le regard lointain. Lorsqu'il était surpris ainsi et qu’on lui demandait à quoi il rêvait, nous étions tout surpris l'entendre répondre : « à la Porsche Carrera » et il nous délivrait les caractéristiques de l'engin ou bien » à la montre Rolex six rubis » et, il nous donnait son prix. Il ne fallait pas lui faire remarquer sa situation un peu saugrenue : connaître par cœur les catalogues de luxe, ce n’est pas banal ! Il répondait invariablement avec un sourire d’enfant qui désarmait les plus méchants : « c’est vrai ! Ce n’est pas banal ce genre de lecture. Mais c’est une saine distraction, non ?"

Pourquoi ne pas le prendre comme cela? Après tout, Blaise ne fait de tort à personne avec son papier glacé...
[
R. GRANIER



 

Tout d'abord à ce jour , il n'y a aucun livre qui a véritablement changé ma vie , la vie (sentant).Par contre , beaucoup de bouquins ont eu de l'influence sur moi . Aussi cela reste très difficile de mettre en avant l'un plus que l'autre. 
Néanmoins , " le petit prince de Saint Exupéry " tient la corde ! Il est celui des livres qui a eu sur moi, sûrement le plus fort impact émotionnel. Il a même réussi, à me faire couler des larmes . Récemment je l'ai relu, et toujours la même émotion m'a envahit ! 
C'est une oeuvre majeure de St Ex. Elle n'échappe certainement pas à ta connaissance livresque . Elle est très connue au point que Wikipedia la situe , comme le deuxième ouvrage le plus traduit au monde après la Bible. C'est dire ! 
Bref, il m'a touché mais pas coulé (rire). Cependant lors de cette lecture , j'étais comment dire : 
Captivé , littéralement porté par l'histoire, le " prologue " de ce livre  avec cet aviateur en panne en plein désert , avait quelque chose d'exceptionnel. Le cadre magique de ce conte initiatique fut confirmé , quand il vit ce petit garçon sortit de nul part. 
Car la question  naturelle , et inévitable s'est alors posée. 
 " Comment un être aussi fragile qu'un enfant , puisse être là ? ". 
 Donc une fois ces deux personnages définis , et le décor posé ; la magie d'une histoire tout à fait spéciale , à la séduction envoûtante pouvait se dérouler. 
Aussi je te propose quelques lignes de ce best-seller ! Un "chapitre"  en particulier , celui de sa rencontre avec le renard a retenue mon attention . Le voici très résumé :
Après avoir visité bien des planètes et fait la connaissance  de personnages particuliers campés sur leurs astres  , le petit prince arrive sur terre , et sa rencontre avec un renard sera riche en apprentissage .Notamment quand celui-ci , lui faut découvrir le terme " apprivoiser " , et ce qu'il signifie pour lui  .Il lui explique que ce verbe est " oublié " par les hommes .C'est le mot que St Ex  emploie dans son livre . 
Que le sens de " l'amitié " , c'est aussi comprendre le lien étroit qui existe entre ces mots Que ce terme " apprivoiser " ne peut être séparé de celui " d'amitié " , mieux il lui est lié ! 
Ainsi Les phrases suivantes ne sont que " l'écho " de cet apprentissage. 
C'est qu'ainsi , qu'on découvre les phrases suivantes : 
 - tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé  
 - ou encore , on ne voit bien qu'avec le cœur .L'essentiel est invisible pour les yeux  
 - la couleur des blés me rappellera celle de tes cheveux : " le blé qui est doré , me fera souvenir de toi " 
Voici maintenant un très court extrait du dialogue entre le petit prince et le renard : 
-il n'y a pas de marchands d'amis , dit le renard 
-Que faut-il faire , répond le petit prince 
-Apprivoise-moi , et chaque jour tu pourras t’asseoir un peu plus près , ajoute le renard  
- C'est mieux à la même heure ,  je me sentirais heureux , enchaîne-il , etc...
 
Philippe BALANGER 
 

Sur le thème : Un passage...

 

                                             LE PASSAGE

 

         Le passage, je l’appellerais plutôt le changement. Le changement de situation personnelle, de célibataire à marié et fondateur d’une famille ; d’adolescent à adulte ; d’étudiant ayant rejoint le monde du travail. D’autres exemples peuvent illustrer le passage mais ceux que je viens d’évoquer sont collectifs dans le fond, individuels dans la forme et répétitifs par génération. Un changement que je souhaiterais évoquer est un changement collectif qui ne peut être exclusivement individuel mais surtout irréversible dans son entier. C’est sûr qu’un adulte ne peut redevenir adolescent mais un homme marié peut divorcer, devenir veuf, un salarié peut retrouver les bancs de l’école par les cours du soir ou perdre son emploi. Ce sont des situations volontaires ou douloureuses certes mais réversibles. 

         Le passage que je souhaiterais évoquer est celui d’une époque qui se termine lentement mais sûrement alors qu’en surgit une autre. Une époque que l’on ne reverra jamais. J’ai connu cela, sur plusieurs années. Des personnes nées bien après moi ne peuvent imaginer ce que c’était et ne le connaîtront jamais, c’est ce qui fait son irréversibilité. Ce passage, c’est celui du changement d’énergie de la traction dans les chemins de fer et l’abandon total de la traction animale, cette dernière, déjà sur le déclin certes mais que j’ai un peu connue. 

         J’ai toujours été fasciné par le transport. Gamin, je disais à mes parents que plus tard, je piloterais un avion, si je ne le pouvais pas je conduirais un train et pour finir un camion. Mais j’étais un gamin….. Je dois avouer que c’est le monde ferroviaire qui m’a attiré en premier à tel point que j’ai fait partie pendant deux ans environ du personnel de la SNCF, que j’ai quitté en raison de l’impossibilité de changer de service. Aujourd’hui, nous sommes confinés en raison de l’épidémie du coronavirus mais je peux vous dire que j’ai connu ce confinement dans les chemins de fer, sans qu’il y ait eu besoin des forces de l’ordre pour le faire respecter. Des gens de mon âge ou plus âgés peuvent se remémorer le teuf-teuf de la locomotive à vapeur dégageant à la fois de la fumée de sa cheminée et de la vapeur par les différentes soupapes de sécurité. Aujourd’hui, lorsqu’on voyage en train, nous n’entendons plus le clac-clac des roues au joint des rails, ceux-ci, maintenant, sont soudés. Nous ne reviendrons plus à la traction vapeur, ses performances ne pouvant égaler les TGV d’aujourd’hui et sa consommation d’énergie fossile, charbon, mazout ou le café comme cela le fut dans les années trente au Brésil n’est plus possible aujourd’hui en raison de son coût et de la pollution. Ne subsistent que des trains tirés par des locomotives à vapeur dans les zones touristiques et ceux, nostalgiques de cette époque, alimentant ce souvenir par la conservation, voire la réfection de certaines de ces machines. 

Je me souviens d’un voyage où je remontais de Paris en direction du Nord et, au passage obligé par Longueau, près d’Amiens, j’ai vu, rangées sur des voies de garage, près du dépôt de locomotives, celles-ci, à vapeur mais froides, être découpées au chalumeau. Ces machines étant condamnées à disparaître le métal les composant devait être récupéré. Lorsque j’habitais dans le centre de la France, existait une association des amis de la traction vapeur qui organisait des voyages en train à vapeur. Nostalgique de cette époque, je m’en suis offert un en compagnie de mon épouse. Il nous mena de Bourges à Beaune. La locomotive à vapeur étant grande consommatrice d’eau mais les réservoirs d’eau servant à approvisionner les tenders n’existant plus, j’ai vu un camion-citerne de sapeurs-pompiers d’une commune de la Nièvre ou de la Saône et Loire alimenter ledit tender. Vu également le responsable de l’association offrir un carton de bouteilles aux soldats du feu. Je pense qu’il devait s’agir de Sancerre ou de Menetou-Salon. Quel voyage ce fût ! Le train ne roulait pas vite et nous étions dans des voitures datant de cette époque avec les compartiments à porte coulissante. C’est le responsable qui, en grand uniforme vérifia nos billets en les perforant à l’aide d’une poinçonneuse semblable à celle d’autrefois. Une autre époque assurément, qui n’est pas revenue, qui ne reviendra pas, qui ne reviendra jamais. C’est le passage d’un confinement d’un compartiment à huit places pour les secondes classes et à six places pour les premières classes à ce que l’on appelle aujourd’hui l’open space, anglicisme enlaidissant notre magnifique langue. Ce que les Teutons n’ont pu nous imposer par la force, les Anglo-Saxons réussissent lentement mais sûrement, année après année. Dans ce voyage dans le temps si je puis m’exprimer ainsi, nous avancions sur des centaines de kilomètres à travers une région bucolique à souhait, sans habitations mais avec des pâtures où paissaient des bœufs charolais, à croire que tout humain avait déserté cette région. Les humains, c’était nous dans ce train fantôme qui aurait pu être considéré comme tel si de jeunes gens étaient apparus et nous auraient aperçus. L’air conditionné n’existant pas, aérer le compartiment s’opérait par le maniement d’une manivelle fixe baissant la vitre. Des escarbilles sortant de la cheminée de la locomotive atteignaient nos yeux si nous nous penchions au-dehors. Aujourd’hui, les conducteurs de TGV peuvent, s’ils le désirent, piloter leur machine en costume trois pièces alors que le mécanicien et le chauffeur étaient équipés chacun d’un bleu de chauffe dont la couleur initiale virait lentement mais sûrement au noir. Il subsistait aussi de ces rotondes où les locomotives pouvaient faire demi-tour ; il en existait une à Bourges, près de la gare bien sûr à mi-chemin entre celle-ci et la maison d’arrêt. Elle était typique avec son toit aéré pour l’évacuation de la fumée. J’ai vécu comme une fin symbolique sa démolition. 

Oui, c’était une autre époque, le changement avec aujourd’hui est flagrant et me plonge dans une certaine nostalgie, non pas celle des équipages trimant sur leur machine mais celle d’une atmosphère particulière que je suis incapable de décrire mais l’ayant conservée dans mon esprit, vu son caractère abstrait mais propre à ce monde ferroviaire disparu. 

         Quant à la traction animale, celle-ci totalement disparue de nos jours chez nous, j’en ai connu une parcelle étant enfant. Je n’ai pas vécu le temps des calèches, des diligences et autres véhicules hippomobiles mais celui des chevaux attelés à des charrues ou semoirs ou autres engins agricoles. Dans la plaine du Nord où je résidais enfant, des Percherons ou Boulonnais, impressionnants par leur taille et leur carrure dégageaient une telle puissance d’énergie qui donnaient l’impression de fendiller le sol lors des labours alors qu’en réalité, les socs brisaient une croûte dure comme pouvait l’être une terre cuite et recuite par les rayons du soleil. Gamins, nous suivions les sillons ainsi formés pour récupérer les plombs et ferrailles datant de la Grande Guerre dont ces terres fertiles étaient le front sanglant. Habitant un coron où le charbon nous était fourni gratuitement, mon père étant mineur, c’était un tombereau tiré par un cheval qui nous le livrait, gratuitement aussi. Je revois le conducteur faire basculer le charbon sur le trottoir dont l’enlèvement m’incombait. Je ne manquais jamais de flatter l’animal en lui caressant le museau et lui donnant un morceau de sucre ou une carotte qu’il engloutissait dans sa gueule en malaxant cette dernière rapidement avec ses impressionnantes mâchoires. Aujourd’hui, le changement est tel que nous ne nous chauffons plus au charbon et que ce changement est lui aussi irréversible. Il me vient en mémoire le ferrailleur dont le cheval, d’un gabarit courant, tirait une charrette. Sur celle-ci se trouvait une multitude d’objets métalliques que l’intéressé récupérait en passant dans les cités minières en criant « peaux de lapin ». A l’époque, presque ou plus de soixante ans en arrière, beaucoup de mineurs élevaient des pigeons et des lapins, dont mon père; tuaient eux-mêmes ces derniers et vendaient leurs peaux. Celles-ci étaient recherchées car le ferrailleur nous les payait. 

         Toujours dans le changement, il en est un que l’on peut considérer de spectaculaire et de révolutionnaire à la fois. Celui qu’ont connu les gens vivant au dix-neuvième siècle et ayant survécu une grande partie de la première moitié du vingtième. En ce moment reculé, seuls les oiseaux, les insectes volaient et soudainement des avions ont partagé avec eux l’espace au-dessus du sol. Quelle a dû être l’étonnement d’un combattant de la Commune ayant vécu assez longtemps pour contempler ces machines volantes. Dans l’aviation, moyen de locomotion incontournable de notre mode de vie actuel, son irréversibilité est admise mais contrairement aux autres moyens de déplacement, elle ne remplace rien. Ce qui fait que ce passage de rien à l’avion est extraordinaire bien qu’il nous apparaisse banal existant lorsque nous sommes nés. Ce même combattant a pu voir et apprécier le passage de la calèche à la voiture automobile. C’est vraiment un passage, celui du transport hippomobile à celui du déplacement grâce à un engin mécanique. Aujourd’hui, nous voyons les chevaux dans les centres équestres. 

         Voilà ce que je pouvais écrire sur le passage, sujet intéressant mais complexe à développer pour pouvoir faire ressortir ce que l’on ressent à ces passages d’une époque à une autre. Il existe aussi le passage de la machine à écrire Remington, venant des Etats-Unis, que j’ai connue en activité au clavier d’ordinateur avec l’imprimante accouplée à celui-ci. Mais ceci est une autre histoire. 

VILLEMUR-SUR-TARN, le 04 Avril 2020. 

                                                                                                     Daniel MAÏK.



   A la retraite, j’appris à piloter un Ulm à Montauban, je passai le permis et envisageai d’en acquérir un d’occasion. J’ai vu cet appareil à vendre d’occasion mais l’accord sur le prix ne s’est fait que quelque six mois plus tard, alors que j’étais sur le Chemin de St Jacques. 12 mai 2007- Sadoul – ‘carnet de route’ Ce matin, j’ai payé l’acompte de 50% du Skyranger Synairgie de feu M. André Anicet, il est immatriculé 82FX soit F-JIFX, vendu par sa fille Monique Dehondt de Dunes. Le pas est donc franchi au prix total de 20.000 €. Ici commence la partie de ma vie que je considère comme un supplément gratuit ! J’étais mortel et je le savais, mais je n’oublierai jamais que j’aurais pu devenir tétraplégique ou pire, si c’est envisageable ! Ce sont les seules peurs que je conserve de cet évènement, en 2015. Samedi 16 juin 2007- 20h - Hôpital d’Agen C’est la fin du rêve d’un pilote insuffisamment expérimenté ; en effet, le hasard n’a rien à voir à l’affaire, seule la chance de m’en être sorti sans dommage après une chute d’ULM de l’ordre de 15 à 20 mètres : quelques contusions et des points de suture au mollet et à l’avant-bras. Donc je suis venu à Caudecoste avec Michèle, mon épouse, à 14h30, rencontrer mes vendeurs : Mme et Mr Dehondt afin de solder l’affaire : papiers et chèque. Michèle est repartie sans attendre mon décollage, fort heureusement ; elle me dira plus tard qu’elle ne voulait pas me voir décoller, pressentiment, je le crois. Mme Dehondt se fait faire une photo par son mari, devant l’appareil et lui dit le plaisir qu’elle aura à revenir le voir à Nègrepelisse. Cet appareil de 10 ans et 350 h de vol, était la passion de son père, mais elle l’a vendu parce qu’elle ne voulait pas que sa fille, brevetée, se remette un jour à l’utiliser. La mise en route est difficile, les batteries sont insuffisamment chargées, et il faudra le démarrer sur la batterie de la BMW de Mr Dehondt, à deux fois car le moteur a calé sur un ralenti insuffisant. Je me prépare, entre temps le vent qui était d’Ouest, est passé en Est, je vais donc chercher le bout de piste, côté bois ; essais, briefing en intégrant le changement dans mes habitudes, manche à main gauche et gaz à main droite. Je pars, gaz à fond, à 80-90 km/h je tire sur le manche, l’appareil est lourd à se lever, ce que je ressens comme inhabituel, j’insiste sur le manche et je commets la faute, je ne rends pas immédiatement la main : le mécanisme réflexe est annihilé par l’inversion des commandes, l’appareil se cabre, la vitesse se réduit en conséquence, je pousse le manche, l’appareil décroche sur l’avant, pique et finit sa brève chute sur l’angle d’un hangar en tôle, son axe passe tout à côté d’un IPN, poteau métallique vertical. Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur, aucun événement antérieur ne défile en moi, j’ai seulement le temps de penser que ce n’est que la conséquence de ma faute de pilotage ; il est possible également que l’adrénaline neutralise réflexes et peurs ! Si tel est le cas, la mort ne doit pas être une affaire insurmontable, d’ailleurs la preuve en est que personne ne l’a surmontée ! Au sol, je sens l’essence des réservoirs d’aile me couler sur le dos et sors en urgence par la portière brisée, sachant le risque d’incendie. Ce ne sera pas le cas, les tuyaux d’alimentation s’étant débranchés en sortie de réservoir, au choc, donc plus loin de la culasse chaude. 2 Dans l’assistance du karting voisin de la piste, un gars, pompier, me prends en charge, m’écarte des lieux, m’allonge au sol, me pose les questions d’usage : « Quel jour sommes-nous ? quel est votre âge ? etc… » et informe la Samu de mon état : blessures superficielles et contusions, sans perte de connaissance.. Voilà les faits dépouillés de toutes interprétations, mais je souhaite y apporter quelques explications techniques : j’ai appris à piloter sur Skyranger de même puissance moteur mais équipé d’un manche central et d’une poignée de gaz à main gauche. L’appareil acheté est équipé de doubles commandes inversées: manche entre les jambes, tenu à main gauche et poignée de gaz en position centrale, donc à main droite. Je n’avais pas acquis cet automatisme différent et je n’ai pas maîtrisé des réactions que je trouvais momentanément anormales. C’est l’inadaptation d’un pilote de 64 ans qui n’a que 55h de vol, dont une dizaine en solo. C’est aussi une expérience insuffisante pour une prise en main d’un appareil différent. Péché d’orgueil ? Me voilà donc entrant en ambulance du Samu dans Agen, après avoir prévenu Pierrot Chibrac, le standard de l’aéro-club de Montauban n’ayant pas répondu, afin qu’il informe Michèle en douceur. Ce sera sans effet, je ne sais pour quelle raison, elle attendra de 4 à 6h dans l’inquiétude la plus complète et c’est finalement Renée Puig qui s’occupera au téléphone de connaître les faits, avec Mme Dehondt, la gendarmerie contactée ayant même dit que j’étais rentré à Montauban. Je pense que ce fut pour elle, les heures les plus pénibles, bien plus que pour moi qui suis passé en quelques secondes des faits …à leur conclusion. Pendant les quelques attentes, au Samu, j’ai commencé à gamberger fortement, j’ai trouvé heureux que le ridicule ne tue pas, inconscient que j’étais de la chance dont j’avais bénéficié. Je me suis interrogé sur l’avenir : voler à nouveau ou non ? Je sais que je ne pourrais pas réaliser les rêves qui ont nourri cette passion tardive, rêves alimentés des images du raid de Thierry Barbier de Madagascar à Paris ou de celui du projet de Loïc Pochet de St Louis du Sénégal à Natal en Argentine, peut-être frères ennemis aujourd’hui. Certes il n’aurait jamais été question pour moi de tenter de telles aventures, mais j’aurais bien aimé, avec d’autres, découvrir cette France vue du ciel, et peut-être quelques autres paysages… Mon âge ne peut pas me permettre d’acquérir l’expérience suffisante, et par ailleurs, je doute que Michèle me l’autorise. Ma raison non plus, une telle baraka deux fois, ce n’est pas possible! Donc, si ce n’est que pour faire quelques tours de piste en Tarn et Garonne, je préfère abandonner franchement, de façon réaliste. Certes je ne me suis pas tué, mais j’ai tué mon rêve ! Je rechercherai mes aventures dans les randonnées paisibles de pèlerins, même si elles peuvent être parfois pénibles. Un petit mot du personnel qui m’a soigné : des gens sérieux et agréables, qui m’ont montré qu’ils savaient aussi écouter mes bavardages sur mes expériences passées – mais je n’en avais aucun sur le pilotage Ulm. Il s’agissait d’un jeune médecin de couleur, des infirmières Isabelle, Marie-Laure et une jolie fille, bronzée apparemment de partout, qui était encore 24 h avant en vacances sous le soleil tunisien. Dimanche 17 juin 2007- 9h -Hôpital d’Agen J’ai dormi, d’un sommeil fractionné, puis j’ai déjeuné et lu l’intégralité du magazine de l’Equipe : les Blacks, Lindl, Domenech, Fisichella…pour chasser mes idées. J’ai néanmoins beaucoup pensé à tous les soucis et peines que j’aurai causé en cassant ma pipe de la sorte ; il faudra donc que je décrive mon ‘après’ pour ma famille, en plus de mes mémoires. J’ai mesuré les peines et les peurs de Michèle, hier et je vais essayer de m’en souvenir longtemps. Que seront mes jours à venir : enseigner la randonnée à mes petites filles, les accompagner avantages dans leurs divertissements, Salomé surtout a besoin de ne pas être seule ! Pour moi, je vais essayer de maintenir mes activités de ‘senior bénévole’, ‘aux enfants de l’Aïr’ et dans mes randos, j’essaierais de glisser cette année le chemin Cathare ou celui de Stevenson. L’an prochain, je voudrais faire la Via de la Plata, après avoir rejoint Séville en bus Eurolines. Mardi 19 juin 2007- Sadoul J’ai appris hier que le projet de mission Ecti, en Chine n’était pas confirmé mais peut-être seulement remis à l’automne ! Je consacre mon immobilisation à la mise au propre de mes écrits, à quelque chose, malheur est bon. 3 L’après, ce fut d’abord la répétition durant des semaines, lors d’insomnies, des brèves images de l’événement, de leur analyse et des conséquences qui auraient pu être, oh combien différentes et quelques jours avec l’aide des cannes prêtées par mon beau-frère. Je m’étais flatté de l’auréole gagnée par mon Chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Agnès me dit qu’elle avait certainement péri dans l’accident, épuisant mon capital ‘chance’ et dont que j’avais intérêt à y repartir… Ce que je fis l’année d’après, mais en attendant, en juillet, je partis 4 jours sur le Sentier Cathare, pour tester mes capacités physiques. Extrait de mon Carnet de route du ‘Sentier Cathare’ : « Donc, ce mardi 10 juillet 2007, je repars de Port La Nouvelle, sachant que ma difficulté sera de tester ma jambe droite, la seule touchée lors de ma chute d’Ulm, après une quinzaine de points de suture et un peu plus de trois semaines. En principe je n’ai à craindre que les dénivelées : 600 mètres pour aujourd’hui mais le temps frais et venté du Nord m’est favorable. Ce sera une journée en garrigue, après les vestiges de blockhaus allemands et des tranchées en zigzags en pleine roche calcaire, creusées à la pioche et à la masse. Puis ce sera la végétation attendue : romarin, sédum, chêne kermès et de temps à autre des chênes verts et la présence d’éoliennes pratiquement silencieuses dans le vent du nord qui les ‘pousse’. Il y a des vestiges de mas, de granges mais aussi de vignes abandonnées. Vers 13h, je mange une pizza en bord de la RN 9, le restaurant du « Suisse » voisin n’ayant rien voulu me proposer, alors qu’il n’avait aucun client. Au franchissement d’une combe au fond de laquelle sont cultivées quelques très belles vignes, je fais la première de mes trois chutes de la journée ; les deux premières par glissade sur les gravillons de la pente descendante, avec un petit étirement de l’articulation du genou droit, mais sans conséquences. La troisième sera par déséquilibre arrière en franchissant une ravine profonde, là aussi plus de peur que de mal ! J’en ai conclu que l’état est bon mais que les précautions s’imposent, en particulier dans les descentes, mais les trois fois, j’ai fini sur le derrière ! La journée est longue sur ce plateau de garrigue, comme sur cette piste bétonnée qui conduit vers un énorme chantier de construction d’éoliennes. Vers 18h30, je traverse Durban et arrive dans un gîte qui propose des chambres seules à 22 €, avec douche et wc sur le palier, plus 4 € pour le petit-déjeuner. Je crois que j’y serais seul avec les propriétaires ou le « gestionnaire » qui le tient. Je prends mon dîner à l’ « Amandier » voisin, duquel je retiendrai surtout la fraîcheur du demi-pression que je prendrais à son bar ; en effet le poisson m’a semblé juste cuit. Je dors de 21h à 6h ce matin ; maintenant, j’attends 8 h pour aller déjeuner, avec des œufs au plat excellents. Je parle longuement avec l’hospitaliero, vieil écolo qui n’a pas eu de succès dans son métier de vigneron, mais qui excelle dans les discours, regrettant le manque d’animations de la mairie pour soutenir la fréquentation du sentier cathare. » Ainsi, je reprenais confiance en mes capacités physiques. Par ailleurs, je bricolais pas mal à Esparros et tentais vainement d’intéresser mes petites filles à la randonnée, mais je ne peux que constater le ’trou’ dans mon journal de juin 2007 à janvier 2010, seuls mes écrits de voyage parlent de cette période, il est vrai qu’elle fut assez riche. L’écriture des carnets de route occupe mes hivers immobiles, à l’automne 2016, Mon Zibaldone commença à se garnir et c’est bientôt, au printemps 2018, que je le terminai. S’il y a d’autres écrits, ils ne pourront être que différents... Entre-temps, si la mort m’attend sur quelque chemin de pèlerinage ou de randonnée, ainsi que je l’ai souvent dit à Michèle, sachez que « je serais mort heureux » … Mais je serais mort quand même !

Extrait de ‘Mon Zibaldone’ (mes mémoires) André Rodolausse


Sur le thème : Le monde après le confinement...

     Le monde après le confinement Nous sommes le 17 mars 2021. Il est de tradition de commémorer les grands événements nationaux et internationaux. Cette date-là, impossible d’y déroger. Il y a un an la France entière, comme bon nombre de ses voisins européens et comme partout dans le monde, se confinait. On était en guerre nous disait-on. En guerre contre un mal invisible et si rapide. Un virus qui depuis mi-décembre 2019 se répandait sur tous les territoires. Les frontières se fermaient comme si barrières, grillages et portillons empêcheraient le mal de passer. Les écoles, les universités n’avaient plus que le net pour garder le lien avec ses apprenants. Un lien si fragile qui ne dépendait que du bon vouloir des parents à le maintenir, de leur confiance en leurs propres capacités à assurer la continuité scolaire auprès de leur progéniture, et de la qualité de la connexion internet à laquelle nous dépendions tous, à ce moment-là, pour garder un minimum de contacts avec l’extérieur. En ce 17 mars 2020, c’était comme si tout d’un coup, nous réalisions que des pans entiers de notre population étaient en première ligne face à ce danger. Nos personnels soignants partaient au front avec un minimum de munitions. Aurions-nous songé une seule fois à laisser nos militaires partir en guerre sans arme ? Un scandale de plus était apparu dans notre France pourtant si développée. L’hôpital, ce service public, qui criait depuis des décennies son agonie, était devenu le centre de nos attentions. Malgré leurs conditions de travail nos soignants étaient au front. Ils répondaient tous à l’appel y compris la réserve constituée d’étudiants et de médecins en retraite. Pour beaucoup d’entre nous, nous n’avions que nos deux mains pour les applaudir tous les soirs à 20h de nos balcons ou de nos jardins. Nos caissières, au salaire de misère, sans masque ni gants, passaient leurs journées à remplir nos rayons dévalisés et à bipper des caddies débordants de produits et pas seulement de premières nécessités. Nos plus âgées décédaient seuls, mal confinés dans leurs EPAHD. Ceci avait provoqué une immense tristesse de ceux qui, tous les jours, se levaient pour les soigner, les nourrir, les laver à la place de leurs propres enfants épris de culpabilité de les y avoir laissés. Mais comment pouvaient-ils faire autrement avec leur vie agitée et parfois démantelée ? Nos enfants maltraités dans leur famille, maintes fois signalées, devenaient un sujet de préoccupation nationale. Ceux-là même qu’il fallait, à tout prix, maintenir dans leurs espaces familiaux faute de budget pour les en extirper. Nos femmes violentées par leur conjoint acerbe pour lesquelles les services de l’état se demandaient comment agir. Chacun devant aussi se protéger. Nos hommes, femmes et enfants les plus précaires qui passaient leurs nuits en été comme hiver sous leurs cartons devenaient une bombe à retardement, vivier intéressant pour ce virus qui ne choisissait pas ses proies mais faisait de la vulnérabilité son terreau de prédilection. Sept jours après ce 17 mars 2020, nous étions sous de nouvelles directives, celles de se confiner davantage. Des sots n’avaient pas encore compris que la maladie nous guettait tous, qu’elle collait aux boutons d’ascenseur, aux poignets de porte prête à bondir sur le premier corps sain qu’elle pouvait attraper. Mais au travers de tous ces drames, une bouffée d’air commençait à émerger. A quoi servait toute cette surconsommation à part à satisfaire nos désirs immédiats et donc nous écarter de nos besoins essentiels ? A quoi servait toute cette rancune à part à entretenir de vieux conflits devenus obsolètes et donc nous empêcher de progresser ? A quoi servait toute cette charge mentale toujours plus imposante à part à nous éviter de penser, de créer ? Tout autour de nous des prises de conscience apparaissaient. Le mot « solidarité » prenait une autre saveur et nous collait à la peau avec l’espoir de s’inscrire dans nos gènes et de se transmettre ainsi aux générations à venir. C’était comme si nous confiner nous avait imposé d’observer notre intérieur. Nous découvrions la puissance de l’instant présent et commencions à saisir la nécessité d’aligner nos trois fondamentaux : notre esprit, notre âme, notre corps. Quelle claque !! Tous ceux sur quoi le monde s’était développé s’effondraient. Economie, agricultures et pêches intensives, inégalités, mondialisation, éducation …tout serait à corriger. Nous le savions, nos dirigeants le savaient. Cette épreuve nous amena la preuve, à présent incontestable, que nous étions bien tous reliés. De nombreux médecins, scientifiques, philosophes, conférenciers nous l’expliquaient pourtant depuis bien longtemps. Se connecter au pouvoir de l’instant présent, préserver notre corps, cultiver notre esprit, prêter attention à notre voix intérieure, appliquer la bienveillance, préserver notre environnement tant de conseils que nous avions finalement si peu appliqués. Quelle claque, mon dieu, quelle claque !! En ce 17 mars 2021, les survivants se remémorent ces souvenirs miséreux et honorent la 3ème révolution. Après celle du Néolithique puis l’Industrielle, la voilà. La révolution des consciences. C’est bien Mère Nature qui, après nous avoir laissé jouer et abuser d’elle, en a décidé ainsi. Epuisée, exsangue son message avait été clair : Sauvez moi ou crevez avec moi ! Alors nous avons retroussé nos manches et nous nous y sommes mis. Nous avons commencé depuis quelques mois à nettoyer notre ciel, dépolluer nos eaux, décrasser la terre de tous les déchets y compris ceux enfouis par inconscience et insouciance. Nous avons diminué nos déplacements en voiture pour favoriser les déplacements à plusieurs comme l’ancien monde avait commencé timidement à le mettre en place. Nous nous sommes mis à consommer local et sain grâce à l’agriculture raisonnée et vigilante à la protection de l’environnement. Nos achats à l’autre bout du monde ne trouvent plus d’intérêt. Nous privilégions nos boutiques locales qui doucement et tendrement renaissent dans nos villages, dans nos centres bourgs laissés eux aussi en désuétude au profit de grands groupes largement contributifs au désordre écologique et économique connu précédemment. Le gaspillage alimentaire quand on y repense, c’était la honte de ce système. Sous couvert de programme « anti-gaspi », la production n’avait jamais cessé de croitre, 30% de produits alimentaires jetés aux ordures. Parce que nous avions compris que faire attention au Grand Tout était indispensable à la survie de chacun de nous. Nous avons commencé à apprendre à prendre soin de nous, de notre santé et de celle des autres grâce à la réintégration et la valorisation des méthodes ancestrales. Les industries pharmaceutiques font d’ailleurs grise mine et tentent de se reconvertir pour promouvoir les plantes médicinales que Mère Nature nous offre à nouveau depuis ce fameux confinement. Nous avons commencé à démanteler toutes nos centrales nucléaires, 52 réacteurs rien qu’en France ! Nos ingénieurs, scientifiques et chercheurs, mis en avant de la scène, ne comptent plus leurs heures pour développer les systèmes à énergies renouvelables. Soleil, eau, vent tout est là à notre portée. Ils ont créé, par exemple, un récupérateur d’eau de pluie intégrable à tous les logements de ville comme en campagne nous permettant de vidanger nos toilettes, laver notre linge et notre vaisselle sans utiliser d’eau potable. Nos cours d’école, nos toits commencent à se végétaliser accueillant des ruches, des potagers. Les habitants trouvent sur leurs hauteurs un nouveau lieu de sociabilité. Le travail se trouve à tous les coins de rue, tellement il y a à faire. Nous nous sommes mis à prêter attention aux uns et aux autres, à notre voisin et à notre cousin lointain. En nous disant bonjour, nous nous sommes mis à nous regarder. Mieux, à présent, nous nous enlaçons pour nous saluer. Nous avons mis de côté notre avidité et questionné les pouvoirs centralisés. La répartition des richesses s’est évidemment posée. Les îles caïmans commencent à perdre, non sans mal, leurs paradis fiscaux pour accueillir des paradis touristiques. Les grandes entreprises ont enfin compris que leur force émanait de leurs salariés. Dividendes et autres avantages sont en train de se redistribuer. Nous avons ralenti nos trajets aériens et maritimes en interdisant les paquebots de croisières sommés de devenir musées de l’ancien temps. Nos agences de voyage travaillent à développer un tourisme attentif au respect des autochtones et de l’environnement et privilégient elles aussi la proximité, la solidarité. Des espaces de parole, de créativité, des espaces de lien se sont mis à naître dans les quartiers, villes et villages. Des petits rien mais pourtant si précieux. L’esprit communautaire, identitaire a commencé à ne plus trouver autant d’âme pour y répondre, éloignant ainsi peu à peu l’humanité de toutes nouvelles barbaries. Pour répondre aux besoins de ce nouveau monde, les enseignements se sont peu à peu adaptés. Il ne s’agit plus seulement de transmettre du savoir mais surtout et avant tout du savoir être et savoir faire. Les nombreux enfants nés au début des années 2000 deviennent les créateurs de ce monde. Leur intelligence, leur hypersensibilité longtemps décriées sont aujourd’hui nos sources de créativité. Notre jeunesse est à fond dans leur mission, réinventer un monde. Les plus jeunes suivent les pas de leurs aînés et savent critiquer nos vieux fonctionnements encore parfois restés collés. Colossal programme que cette 3ème révolution ! Nous l’honorons aujourd’hui pour laisser derrière nous les mauvaises habitudes et ne garder que les belles initiatives apparues de part et d’autre dès la fin des années 80. Alors nous dansons, nous rions, nous chantons et nous nous enlaçons. Pour éloigner la peur, nous portons haut et fort les valeurs de l’Amour avec un grand A. Nous partageons, nous créons pour aujourd’hui, demain et les surlendemains. Lors de cette commémoration, une grande part des festivités est dirigée à l’attention de Mère Nature à qui nous savons désormais adresser toute notre gratitude comme bien d’autres peuples le faisaient déjà il y a des milliers d’années du fin fond de leurs canyons, de leurs forêts, de leurs déserts ou bien d’autres lieux encore. Aujourd’hui ces peuples dont la vie matérielle et spirituelle met au centre la Terre sont pris pour modèles. Sacré revanche, vous ne trouvez pas ?

Le 26 mars 2020 Laurence Florencio, toujours confinée…